La Parabole du Seum est une tentative de survie. Une tentative amorcée en marge, à partir d’expériences de vie qui s’opposent à la norme et à la manière dont cette dernière nous écrase. Face à la montée du fascisme (et au fascisme déjà présent parmi nous), Rébecca Chaillon n’offre ni programme ni réconfort. Elle partage une expérience : celle d’individus aux prises avec un monde trop vaste, trop lourd, trop pressant, malgré leur désir de légèreté. Entre ciel et terre, les toits de la Seine-Saint-Denis, département 93, abritent des antennes paraboliques pointées vers un lieu lointain, déjà saturé, fragmenté et occupé. Un espace marqué par l’histoire coloniale française, par la négligence des services publics et la marginalisation organisée, mais aussi par des stratégies de vie qui inventent sans cesse de nouvelles techniques de survie. Face à la rationalité matérialiste et aux normes monothéistes de pouvoir et de pureté, le syncrétisme religieux, les croyances hybrides et les rituels séculiers fonctionnent comme une résistance poétique et politique, des moyens de laisser respirer l’âme. Dans La Parabole du seum, le ciel est à la fois le lieu d’où s’abattent les catastrophes – ouragans, inondations, catastrophes dites « naturelles », qui ne cessent de mettre à nu les mêmes lignes de fracture et divisions – et les nouveaux territoires de l’impérialisme occidental. Si le ciel est déchaîné et n’est plus vide, quel espace reste-t-il pour projeter nos convictions ? Entre gravité et légèreté, Rébecca Chaillon compose une parabole drôle et féroce : sinon une leçon, du moins une parabole de l’amertume. Montreuil, janvier Note sur le titre La Parabole du seum : En français, le mot « parabole » désigne à la fois une « parabole » et une « antenne parabolique ». « Seum » est un mot issu de l’argot français qui dériverait du mot arabe signifiant « poison » ou « venin ». Il est utilisé pour exprimer des sentiments de colère, de frustration et d’amertume. Le titre La Parabole du seum fait également référence à la nouvelle d’Octavia Butler « Parable of the Sower » publiée en français sous le titre :« La Parabole du Semeur ». (Notez que « semeur » est phonétiquement proche de « seum ».) • Rébecca Chaillon est metteuse en scène, autrice, performeuse, membre du collectif RER Q et Scorpion ascendant Taureau. L’activisme, les débats et la nudité sur scène sont sa seconde nature. Son travail artistique s’articule autour du théâtre, de la performance et de la poésie, et explore les relations fondées sur la domination ainsi que la lutte contre la discrimination. Elle aime travailler sur les désirs et les violences qui s’exercent sur les corps, avec beaucoup d’amour, d’humour et de nourriture. Sa compagnie Dans Le Ventre, fondée en 2006, se veut une plateforme d’exploration artistique des identités marginalisées au sein de notre société. À partir d’une approche très personnelle de l’écriture, dont les thèmes sont à la fois intimes et politiques, elle a créé des œuvres qui ont pris différentes formes, notamment : L’Estomac dans la peau (2011), un spectacle solo sur la boulimie, Où la chèvre est attachée, il faut qu’elle broute (2018), une pièce athlétique et artistique qui explore la discrimination à travers le football féminin, Carte noire nommée désir (2021), une pièce performative sur la construction des désirs chez les femmes noires ; Plutôt vomir que faillir (2022), sur la puberté comme moyen de remettre en question le monde créé par et pour les adultes, et plus récemment, La Gouineraie (2025), une performance co-signée par Salderan qui déconstruit le mythe de la famille rurale traditionnelle et qui a également été présentée au Kaaitheater.
La Parabole du Seum
Location: Boulevard Emile Jacqmain, 111, 1000 Bruxelles