Dans la Grèce antique, le terme « mantikê tékhnê » faisait référence à l’art de la divination, cette technique ancestrale qui consistait à voir des présages et lire des destins dans la migration des oiseaux, la position des arbres et le vol des abeilles. Nous avalons des avenirs prêts à l’emploi, ruminons des rêves préfabriqués d’un monde qui se vend lui-même, répétons des pensées qui ne sont pas les nôtres. Un passé qui nous a été imposé, une nostalgie qu’on nous fait avaler. Le philosophe Walter Benjamin estimait que l’humanité, malgré des siècles de malheurs, avait le devoir d’entrer dans un avenir encore inconnu et peut-être même sinistre, et de le façonner. Avec sa parabole de L’Ange de l’histoire, il plaidait pour une ode à la vie, malgré tout.Dans Mantike, Louise Van den Eede retrouve cette métaphore dans l’histoire de Calypso, la déesse la plus solitaire de la mythologie grecque. Dans la manière dont la nymphe bannie façonne son avenir, dont elle réinterprète sa malédiction et sa perte en construisant un radeau à partir de débris écrasés et brisés. C’est ainsi que Calypso aide son propre bien-aimé, Ulysse, à la quitter pour toujours. C’est ainsi qu’elle donne forme à sa perte future. Mantike est une invitation à découvrir comment nous pouvons ensemble nous engager dans un avenir encore à écrire. Ni prophétie, ni catastrophisme, mais une invitation à lâcher prise sur ce qui nous retient. Construire un avenir qui ne nous est pas imposé, mais que nous imaginons nous-mêmes.Ce spectacle textuel explosif, imagé et écrit en vers remet tout en question pour redécouvrir notre odyssée vers l’avenir. À quoi nous accrochons-nous, qu’est-ce qui disparaît et que devons-nous laisser partir avec amour ?
Mantike
Location: Rue de Laeken, 146, 1000 Bruxelles