SHRINE est un spectacle de théâtre immersif qui raconte l’histoire d’une fille cherchant refuge auprès des djinns, des créatures surnaturelles évoluant dans un monde parallèle au nôtre. Elle, une Fille, qui porte en elle la plus grande douleur, le plus grand chagrin et le plus grand deuil, est recherchée par les autorités. Sa mère a été assassinée de manière atroce par des systèmes maintenus en place par des humains et de grandes puissances. La Fille en a été témoin, elle l’a vu de ses propres yeux, les horreurs du meurtre de sa mère sont gravées dans sa mémoire. Elle a choisi de mener un combat honnête pour la justice et de suivre les voies de la loi. Après avoir lutté pendant des années pour obtenir un procès équitable et la justice, elle est à bout de forces. Sa colère et son chagrin la poussent à se radicaliser dans ce monde capitaliste, à incendier des ambassades, des hôtels de ville, le parlement, des palais, des commissariats, des tribunaux, des prisons, des banques privées, des compagnies pétrolières, des stations-service, des grossistes et de nombreux autres bâtiments publics, entreprises et infrastructures. Elle n’a jamais causé que des dégâts matériels, sans jamais faire de morts ni de blessés. Les autorités tentent de découvrir qui sont ses complices, ne croyant pas un instant qu’elle ait pu agir seule. C’est dans sa colère, alimentée par la tristesse et l’injustice qui se sont installées en elle, qu’elle a puisé toute sa force pour semer le chaos et perturber l’économie. « J’ai agi seule, sous la protection de mes grands-mères, de mes arrière-grands-mères et de leurs arrière-grands-mères. Portée et protégée par elles, j’ai montré et fait ressentir aux plus puissants de ces systèmes comment s’exprime l’injustice et à quel point je suis puissante, grâce à Dieu. »Son action a incité de nombreuses femmes d’autres pays d’Europe et d’Amérique à faire de même. Elle s’est longtemps retirée dans le désert, où elle a rencontré les djinns. Ceux-ci lui ont offert refuge dans leur dimension, dans leur SHRINE, leur sanctuaire. Là, sa tristesse et sa colère ont été célébrées et ont reçu toute la place nécessaire pour s’exprimer sans retenue, au fil de commémorations, de prières, de chants, d’offrandes et de fêtes.S’inspirant de l’œuvre de Silvia Federici, El Kharraz Alami transforme une nouvelle fois le travail essayistique en action et parvient à rendre tangible le rôle de la femme marginalisée dans nos sociétés. Elle montre comment ce rôle, qui engendre l’aliénation et les inégalités sociales, et la lutte pour l’égalité radicale déterminent notre position dans la société. Quels rôles effacés des femmes dans nos sociétés pouvons-nous réanimer et quels cris enfouis vont, dès lors, retentir ?Dans son essai Caliban and the Witch, Federici examine le rôle des femmes dans le contexte de la transition vers le capitalisme, ainsi que l’impact de cette transition sur les structures sociales qui perdurent encore aujourd’hui. Elle souligne que, durant cette période, les femmes ont souvent joué un rôle crucial dans la reproduction de la main-d’œuvre, tant au sein du foyer que dans la production. Les changements survenus dans l’économie et les relations sociales au XVIIe siècle ont eu des conséquences profondes sur la condition des femmes, entraînant une plus grande dépendance et une marginalisation accrue. L’histoire de l’Europe avant la Conquête prouve bel et bien que les Européens n’ont pas eu besoin de traverser les océans pour trouver la volonté d’exterminer ceux qui se dressaient sur leur chemin. – Silvia FedericiFederici fait référence à l’histoire de l’Europe avant les conquêtes coloniales, où l’on observait déjà des actes de violence et d’oppression à l’encontre de divers groupes et des femmes. Elle affirme que la propension à la violence et à l’extermination des opposants n’est pas nouvelle chez les Européens. Cela implique que la motivation qui nourrit de tels actes était déjà profondément enracinée dans l’histoire européenne, et que la colonisation, ainsi que l’exploitation et les violences qui l’accompagnent, découlent d’une culture préexistante de domination et d’oppression.Dans SHRINE, El Kharraz Alami imagine, à travers la fabulation critique, un avenir qui a déjà commencé.
Shrine
Location: Quai aux Pierres de Taille, 9, 1000 Bruxelles