Langue, language, phrase, parole, syllabe, son. À quel moment de cette construction prennent forme les relations de domination et de pouvoir ? Faut-il toute une langue entière pour exercer le pouvoir sur les autres, ou une phrase suffit-elle ? Et quand la langue est volée ou interdite, à quel point de la mémoire la langue peut refaire surface et résister à l’effacement ? Et les points médians, les astérisques, les formulations volontairement inventées pour parler d’un monde qui existe mais qui était nié jusqu’à très récemment, qu’est-ce que cela nous raconte sur le long chemin entre mots dits, monde observé et paroles écrites ? Paroles qui libèrent et qui oppriment, paroles qui accueillent et qui chassent, paroles oubliées et paroles encore à inventer. L’État-nation qui se sécurise en imposant une langue ; l’État-nation monolingue qui est destiné à s’effondrer sous le génie de la créolisation. Le pouvoir créateur des langages cachés, chouchoutés, coupés, sans voyelles, acceptés si ce n’est que par la plume des poètes ; mais si toute construction est inévitablement une geste de poïesis, alors vivement la poésie des tkt, bcp, mdr, tbh, idk, et tvb (ti voglio bene), comme on a appris à s’écrire par sms au début des années 2000.
Conférence dialoguée – « Paroler, langager, agir »
Location: Rue du Rouge-Cloître, 7 / D, 1160 Auderghem