Pour son exposition automnale, l’Atelier Claude Panier propose une exposition axée sur la relation de la pratique artistique à l’urgence, à la guerre, à la destruction. Relation qui prend la forme d’une expression de l’effroi et de la colère ou celle d’une intériorisation, d’une mise sous silence, d’une présence spectrale. Ces formulations ne sont pas produites au cœur des conflits mais dans une situation d’éloignement ou d’exil, ou encore dans l’éveil d’une conscience et d’une inquiétude pour l’état du monde. La série Utopia du peintre Claude Panier (1956-2021) donne l’impulsion à l’accrochage. Réalisé en 2016-2017, cet ensemble de papiers et de paraffines engage l’artiste dans le noir et blanc, avant que la couleur ne reprenne ses droits dans son œuvre ultime, De la Guerre (2021). C’est avec Utopia que le motif longtemps exploré de L’Origine du monde croise le contour d’un territoire, territoire sujet à des offenses, des griffures, des coulures. Gestes signalant les actes de prédation, de conquête, de violence qui menacent l’intégrité des frontières et des sols, comme celle des corps et des idées. L’artiste palestinien Maisara Baroud (°1976) était professeur à l’université Al Aqsa de Gaza avant de devoir fuir son pays avec sa famille en mai 2025. Il est désormais réfugié à Marseille, en tant qu’artiste chercheur. Publiée quotidiennement sur Instagram, sa série Still Alive in Gaza formule jour après jour, l’horreur de l’agression subie par le territoire de Gaza aussi bien que l’obstination à y survivre. Les contours sont nets et anguleux, les aplats de noir et les zones de blanc s’opposent de manière franche, à la manière de bois gravés. L’urgence et la nécessité ne laissent d’évidence pas la place aux estompes et effets de textures. Elles exigent la clarté. Artiste polyvalent et autodidacte, Philippe Cardoen (1960-2026) a notamment produit un large corpus de sculptures en acier industriel, pour la plupart traitées « au noir », c’est-à-dire à la cire, au graphite puis au pigment (noir). L’exposition propose une sélection de pièces appartenant à l’ensemble appelé Gises. Achevé en 2004, ce groupe de volumes posés au sol est riche d’évocations sans chercher pour autant à représenter précisément un contexte. Mais d’évidence, la violence hante ces pièces, comme l’expression du déclin industriel et l’angoisse de la catastrophe. Née à Téhéran en 1982, Haleh Zahedi s’est installée en France en 2008. Elle obtient le titre de Docteure en Arts visuels à l’Université de Strasbourg en 2018. Elle vit et travaille désormais à Bruxelles. Sa pratique du dessin se concentre principalement sur la technique du fusain. Figures animales, végétales ou hybrides, larges compositions chaotiques : le mouvement des matières signale les agitations intérieures comme les hantises du temps. Récemment, la situation en Iran, autant que les menaces pesant sur le pays, ont amené Haleh Zahedi à questionner les possibilités de formulations artistiques de ces inquiétudes. L’exposition montre plusieurs pièces produites dans cet état d’esprit, dont un délicat ensemble de paysages bretons, hantés de noir… A l’occasion de l’ouverture de l’exposition, nous proposons une rencontre avec Maisara Baroud et Haleh Zahedi. Intitulée « Dire l’urgence, taire l’urgence », elle permettra aux deux artistes de formuler leurs questionnements et leurs nécessités dans le rapport aux violences traversant leur territoire d’origine. La discussion sera animée par Laurent Courtens qui s’efforcera de rapprocher ces deux positions d’antécédents historiques ou d’équivalents contemporains.
Exposition : Les larmes noires
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