Saviez-vous qu’au XVe siècle, Bruxelles était déjà une sorte de capitale avant la lettre ? Sous les ducs de Bourgogne, la ville devint le cœur politique et culturel des Plats-Pays (la région historique des Pays-Bas qui regroupait approximativement les actuels Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg, la basse-Rhénanie et une partie du nord de la France). Artistes, artisans et marchands s’y pressaient. Sans parler de la cour en pleine expansion dans le haut de la ville. Au fil de cette promenade, vous découvrez comment Bruxelles est devenue un centre de pouvoir sous les Bourguignons et quelles traces de la fin du Moyen Âge on peut encore y trouver aujourd’hui.
D’un village marécageux à une résidence ducale
Bruxelles a pourtant commencé modestement. Le nom Bruocsella désignait un hameau niché dans un paysage marécageux le long de la Senne. Ce n’est qu’au 13e siècle que la ville prit de l’importance, lorsque les ducs de Brabant y installèrent leur résidence principale, quittant ainsi Louvain. Bruxelles obtint alors une influence politique bien plus importante.
La ville se structure selon une topographie bien lisible : le pouvoir en haut de la colline, l’activité économique en contrebas. La Grand‑Place ne s’appelait pas Nedermerct (marché bas) sans raison : C’est là que battait le cœur de la ville. Ce sont aussi les commerçants et artisans qui firent de Bruxelles une cité commerciale animée et prospère.
L’élite urbaine voulait être vue et rendait son pouvoir visible dans le paysage de la ville. Dès le début du 15e siècle, de riches familles patriciennes entreprirent la construction de l’Hôtel de Ville. Le beffroi de cette époque est encore reconnaissable aujourd’hui à la base de la tour. Lorsque les Bourguignons héritèrent du Brabant en 1430, ils découvrirent donc une ville déjà ambitieuse. Et cela convenait parfaitement au nouveau duc, Philippe le Bon. Sous son règne, l’aile droite et la tour actuelle furent ajoutées. Avec ses 96 mètres de hauteur, elle devint un véritable point de repère. Aujourd’hui, l’Hôtel de Ville et l’ensemble des bâtiments de la Grand‑Place figurent au patrimoine mondial de l’Unesco.
La Grand‑Place était aussi à l’époque un haut lieu de spectacle : joutes, processions et manifestations politiques s’y succèdent. En 1452, Charles le Téméraire y remporte par ailleurs sa première victoire lors d’un tournoi. Les ducs de Bourgogne s’y montrent, tout comme la ville qui y affiche sa richesse et son autonomie. Prenez encore un instant pour regarder autour de vous, puis préparez‑vous à monter vers le Coudenberg.
L’art de gouverner
Depuis la rue du Marché aux Herbes, rejoignez la rue de la Madeleine. Au 15e siècle, c’était un axe majeur. Et cela se ressent encore aujourd’hui. Plus vous montez, plus vous vous rapprochez du pouvoir.
Le long de cette voie vivaient de riches bourgeois et des membres de la cour. Le Mont des Arts s’appelait alors le Hofberg, la Montagne de la Cour. Le nom actuel de la rue est donc un clin d’œil au passé. Autour de la résidence ducale du Coudenberg gravitaient aussi de nombreux artistes et artisans. Le peintre Rogier van der Weyden y avait notamment son atelier.
Rien d’étonnant à cela. Pour les Bourguignons, le faste n’était pas un luxe superflu, mais un véritable outil politique. Orfèvrerie, peinture, tapisseries, fines étoffes et manuscrits enluminés servaient à afficher la richesse et la puissance de la cour. Les ducs étaient quelque peu ostentatoires, et cela profitait largement à Bruxelles. Des artistes affluaient de toute l’Europe, tandis que les tapisseries bruxelloises ornaient châteaux et palais sur tout le continent.
Aujourd’hui encore, vous pouvez découvrir cet univers à la Bibliothèque royale de Belgique. Elle conserve l’un des trésors majeurs de l’époque : la Librairie des ducs de Bourgogne. Ces manuscrits richement enluminés sont de véritables œuvres d’art. On y découvre chevaliers, châteaux, saints et scènes du Bruxelles du XVe siècle, en couleurs vives et à la feuille d’or.
De retour à l’extérieur, observez le bâtiment du KBR museum. Entre les colonnes monumentales, on distingue le mur extérieur de la chapelle de Nassau, intégré à l’architecture moderne. En haut des escaliers, sur la gauche, se trouve l’hôtel de Clèves‑Ravenstein, unique vestige des demeures aristocratiques de l’époque bourguignonne.
Au sommet du Coudenberg
Vous y voilà. Mais où est donc passé le palais ? En 1731, le palais du Coudenberg fut entièrement détruit par un incendie. Ses vestiges se trouvent aujourd’hui plusieurs mètres sous les rails de tram de la place Royale, dans le site archéologique du Coudenberg. Vous y explorez des galeries voûtées, des salles et des espaces cachés de cet ancien palais.
Il devait être spectaculaire. À l’origine, le palais était une forteresse intégrée aux remparts de la ville. Lorsque Philippe le Bon devint duc de Brabant, il fit clairement comprendre qu’il souhaitait séjourner plus souvent à Bruxelles. Mais pour cela, la résidence ducale devait être considérablement améliorée. À l’époque, il n’existait pas encore de capitale à proprement parler, mais plutôt des résidences princières. Pour compter, une ville devait pouvoir rivaliser. Bruxelles entreprit donc d’importants travaux.
Le point culminant de cette transformation fut la construction de l’Aula Magna. Une salle impressionnante faite de voûtes de près de quarante mètres, de hautes fenêtres ogivales, de vingt‑deux cheminées et d’un élégant escalier d’apparat. Le premier projet fut principalement attribué à Rogier van der Weyden. Cette salle d’apparat fut aussi le décor de nombreux et célèbres banquets. « Vivre comme un Bourguignon » n’est pas une expression anodine, il fallait manger et boire en abondance. Cette visite vous a ouvert l’appétit ? Aujourd’hui encore, vous pouvez manger à Bruxelles comme un vrai Bourguignon.
Jusqu’à l’incendie de 1731, le palais et ses jardins étaient réputés dans toute l’Europe. Le site n’a d’ailleurs jamais perdu son attrait. Aujourd’hui, le roi des Belges peut contempler depuis son Palais royal le parc de Bruxelles et le bas de la ville. À l’emplacement de l’Aula Magna et de l’ancienne chapelle se trouve désormais l’hôtel Grimbergen, siège de visit.brussels, l’office de tourisme. N’hésitez pas à y entrer pour glaner des conseils et des idées afin de poursuivre votre découverte de Bruxelles.
Du faste à la foi
Au milieu de ces festivités, on oublierait presque que les Bourguignons étaient aussi des gens pieux. Vous les retrouvez notamment dans les vitraux de la cathédrale des Saints‑Michel‑et‑Gudule. Et là encore apparaît Rogier van der Weyden, qui y fut enterré en 1464.
Pour ressentir pleinement la vie religieuse de l’époque, il faut toutefois quitter les anciens remparts et se diriger vers Anderlecht. Prenez le métro au parc de Bruxelles (direction Erasmus) et descendez à l’arrêt Saint‑Guidon. Vous y découvrirez l’église Saints‑Pierre‑et‑Guidon, important lieu de pèlerinage à la fin du Moyen Âge. Son architecture gothique doit beaucoup à Jan van Ruysbroeck, également architecte de la tour de l’Hôtel de Ville, de parties de la cathédrale et du palais du Coudenberg. Une sorte de Jean Nouvel ou Santiago Calatrava de son temps.
À deux pas se trouve la maison d’Érasme. L’humaniste y séjourna quelques mois en 1521. Il s’agit probablement de la plus ancienne maison d’habitation de la région, et peut‑être de l’un des premiers exemples documentés de « fuite hors de la ville ». Selon la légende, un riche changeur bruxellois fit construire cette demeure en 1460 pour échapper aux odeurs et bruits de la ville. Ce n’est pas surprenant quand on pense à l’agitation de Bruxelles à l’époque : à la mort de Philippe le Bon en 1467, la cour comptait plus de mille personnes. Aujourd’hui, le musée présente des œuvres d’Albrecht Dürer, Hugo van der Goes et Cornelis Metsys. Derrière la maison, un jardin rassemble des plantes médicinales connues des médecins du XVIe siècle. Terminez votre visite par une promenade dans le béguinage d’Anderlecht, le plus petit de Belgique, remarquable témoignage de la vie religieuse hors les murs.
Cette halte paisible marque la fin de notre parcours dans le XVe siècle bourguignon. Au début du XVIe siècle, l’empereur Charles Quint hérite de ce projet bourguignon. Sous son règne, Bruxelles gagne encore en importance au sein du vaste empire des Habsbourg. Vous en apprendrez davantage dans cette autre promenade historique.
À travers le Bruxelles bourguignon avec Bart Van Loo
Envie d’aller plus loin dans l’histoire des ducs de Bourgogne ? Le podwalk « Sur les traces des Téméraires, avec Bart Van Loo à travers le Bruxelles bourguignon » vous emmène à travers la capitale. Cette promenade sonore historique est disponible en français, néerlandais, et anglais, et est accessible via la plateforme numérique de la VRT.
Pour prolonger l’expérience visuellement, rendez‑vous au KBR museum. Jusqu’au 18 octobre 2026, une sélection de miniatures et d’aquarelles y est présentée, sous le commissariat de Bart Van Loo.
Dans ses précédents livres, “Les Téméraires” et “Le Tour de la Grande Bourgogne, sur les traces des Téméraires”, Bart Van Loo déploie le grand récit bourguignon à l’échelle des Plats-Pays.